Voyage au Vietnam, automne 2013

 31 Octobre 2013, arrivée à Hanoi 


Après un vol plein comme un œuf mais sans encombre … Nous débarquons enfin à Hanoi, accueillis aux aurores par les joyeux membres de l’expédition déjà sur place, les semelles encore fumantes de leurs aventures à la recherche de bambous inconnus. Dans le minibus qui nous conduit à l’hôtel nous faisons plus ample connaissance tout en scrutant avidement le paysage. Pour nombre d’entre nous c’est une première expérience au Vietnam et nous avons hâte de découvrir ce qui se présentera à portée de regard et de cœur.

 

 

La ville se révèle comme une immense forêt de bruits où les avertisseurs sonores se cherchent et se répondent comme des oiseaux étranges, tandis que circulent sans s’arrêter des essaims de scooters, peu de voitures, quelques vélos surchargés qui se faufilent entre bus et camions, ce sera bientôt à nous de trouver l’audace et le tempo pour traverser ce ballet impénétrable.

 

Derrière les façades de béton je guette la verdure à peindre, en fidèle cadeau des tropiques, elle prend tout d’assaut, quand elle n’attend pas paisiblement posée ou suspendue aux balcons et fenêtres, ou à côté des cages à oiseaux.

 

Mais l’heure n’est pas encore à la peinture, se sustenter d’abord, ce qui manifestement reste un plaisir qui pour l’instant met tout le monde d’accord. Un petit déjeuner presque traditionnel, avec baguette et café au lait, accueilli avec délectation par ceux qui en ont assez de la soupe aux nouilles au réveil. Pour les fraîchement débarqués, le plaisir de se poser dans cette ville tant rêvée prime sur les désirs de leurs estomacs qui ne savent plus trop où ils en sont.

 

Tout est source d’étonnement pour ne pas dire d’émerveillement, chaque coin de rue, les étals où le nouveau appelle le regard comme une nuée d’enfants impatients. C’est jour de marché, les porteuses de fruits, légumes et fleurs nous dépassent d’un pas rapide. Nos aquarellistes sont difficiles à maintenir en groupe, chacun est irrésistiblement attiré vers mille et une tentations visuelles, auditives, gustatives ou olfactives. Déjà les premiers achats, au cas où… Histoire de ne pas regretter nous dit-on.

 

Une excursion à un village voué à la fabrication de porcelaine nous laisse un peu sur notre faim de découverte. Des allées, des rues entières de potiches, figures, plats et bols de toutes tailles et espèces. Du bleu, du blanc mais aussi du plus bizarre. La Chine n’est pas loin. Il est trop tôt dans le voyage pour avoir envie de s’acheter des choses si fragiles et encombrantes. Une petite démonstration par un potier pour remettre un peu de magie dans ces montagnes de friandises de porcelaine au goût incertain. Retour en ville et dîner dans un restaurant qui rappelle l’ambiance coloniale, à l’extérieur, sous une tente, nous nous laissons porter par les initiés pour commander l’un ou l’autre délice préparé sous nos yeux.

 

 

1er Novembre, deuxième jour, baie de Ha Long 



Départ de bonne heure, non sans avoir goûté à la fois au bol de nouilles et à la baguette. Deux bonnes heures de route nous séparent de la mythique baie d’Ha Long. Toute en bosses par endroits, à travers villes et villages en plein développement. Se succèdent à gauche et à droite les ingrédients que l’on retrouvera au Nord comme au Sud : échoppes de toutes sortes, scooters surchargés, cages à oiseaux, rizières, bananiers, étendues vertes comme l’émeraude ponctuées ici et là d’immeubles de béton mangé par la moisissure, constructions en tranches étroites ouvertes de fenêtres côté rue seulement ; décors et personnages défilent comme sur un interminable rouleau chinois.

Nous voici enfin sur le quai. Le temps de voir nos valises disparaître entre les mains de porteurs empressés, de patienter face aux myriades de bateaux qui vont et viennent pour amener les passagers à leur bateau-hôtel, de vieilles embarcations à étages et en bois, dignes, au choix, des romans d’Agatha Christie ou de Duras, et nous voilà embarqués. Insistez-vous pour avoir des détails sur les cabines, au demeurant confortables si l’on oublie le bruit du moteur ou le gros cafard de la 206 ? Nous revoici déjà à table tandis que commence le défilé des montagnes en dos de dragon qui ondulent et se découvrent au fur et à mesure que l’on avance sur l’immense étendue d’eau.

Une première escale de quelques centaines (ou milliers ?) de marches pour voir une grotte très spectaculaire elle aussi, que l’on a cru bon d’éclairer de néons bigarrés. Les uns et les autres s’éparpillent ici pour aller chercher un bambou, là pour respirer ou encore pour quelques dizaines de marches de plus, histoire d’aller voir une autre grotte. Retour au bateau pour s’enfoncer un peu plus dans les méandres de la baie et faire une nouvelle halte à un village de pêcheurs flottant entre deux îles.

C’est tout près de là que nous jetterons l’ancre pour la nuit qui sera animée après le dîner d’une pêche au calamar ponctuée de fous rires mémorables...

 
2 Novembre, troisième jour, arrivée à Ho Chi Minh Ville 




Aux aurores la moitié du groupe est sur le pont à guetter le lever du jour. Nous levons l’ancre peu de temps après que le roi soleil se soit frotté les yeux à nos objectifs. Nous avons un vol à prendre en début d’après-midi,  vite il faut rejoindre Hanoi pour nous envoler vers Ho Chi Minh ville. Une dernière bonne moisson de clichés et en avant la musique.

Ho Chi Minh ville, que beaucoup appellent encore et de préférence Saigon s’ouvre à nous. On enfourne une dernière fois l’épique cortège de bagages et colis, y compris des spécimens de bambous à planter ou à conserver. Nous nous arrêtons pour dévorer un canard laqué avant d’atteindre l’hôtel qui répond au doux nom de ‘Grande Muraille’, une construction issue du rêve d’un riche personnage dont la statue de sa famille, dorée à l’or fin, orne l’entrée d’un parc à thème avec sa propre montagne aux hirondelles imitée de la baie d’Ha Long. Une nuit assez agitée suivie d’un réveil non moins énervé nous conduit à changer de crémerie pour les quatre nuits suivantes. Nous allons habiter chez un notable dont la résidence secondaire est à deux pas de la bambouseraie.




Du 3 au 6 Novembre : Phu-An

Voici donc Phu-An, notre Graal, ce lieu qui nous tend les bras reliés au cœur vaste et généreux de notre ange gardien My Hanh, fondatrice de l’écomusée et âme du projet de recherches et de promotion du bambou en tant que plante vitale sur les points essentiels de la protection du territoire et de l’écologie tout en offrant économique. Nous touchons au cœur de notre voyage. C’est là que nous nous poserons enfin quelques jours, le temps de dessiner et mettre en couleur l’un ou l’autre spécimen de la bambouseraie. Pas de temps à perdre, il faut choisir ‘son’ bambou, s’asperger d’anti-moustique et en avant toute.

Nous avons trois jours pour avoir quelque chose à montrer le jour de l‘exposition et de la grande fête organisée en l’honneur de cette plante dont nous avons encore tant à apprendre. Ce seront les jours les plus riches et intenses à tous points de vue. De l’expérience de notre nouveau logement à la quête du trait juste, tout est matière à rire ou à pleurer. Entre deux séances de pose et de labeur, nous sommes conviés à l’un des deux festins du jour. Mais d’où nous vient cet appétit pour pouvoir engloutir sans faiblir toutes les merveilles culinaires préparées avec soin dans la petite cuisine de la bambouseraie. Et toujours ces piles d’herbes fraîches et parfumées ajoutées à tous les plats ! Impossible d’en retenir les noms. Difficile en revanche d’en oublier la saveur de retour à nos plats occidentaux !



Mercredi 6 Novembre 



Le jour J est arrivé, les chevalets de bambou sont en place, nos modestes contributions aussi, la bambouseraie a changé de visage. Après l’ambiance livre de la jungle, où l’on s’attend à voir bondir ici un tigre, là se faufiler un serpent, pointer un scorpion, surgir un scolopendre ou une mygale, voici les enfants aux tambours et les chants d’un groupe de femmes qui colorent la bambouseraie de leurs tenues ancestrales.

Un monde fou se presse devant les dessins comme aux diverses stations, on nous offre du thé ou des choses plus ou moins comestibles (j’ai failli m’étouffer en avalant l’une d’elles : une sorte de hanneton végétal qui sert de brosse à dents et que j’ai cru devoir avaler), puis la conférence, la visite guidée par les scientifiques de la bambouseraie, sans compter la file d’attente patiente devant la calligraphe, patience, il y en aura pour tout le monde.

Un dernier festin avant que les uns et les autres ne repartent prestement car l’alerte au typhon a été donnée et peu à peu la bambouseraie retrouve le seul son des oiseaux, un des très rares endroits où on les entende en dehors des cages, car la faune sauvage a presque disparu des campagnes.



7 et 8 Novembre, fin de séjour

 

Le temps a filé, le retour approche, deux nuits à Saigon nous attendent pour clore cette mémorable aventure. Le premier jour nous nous rendons dans le delta du Mékong, pour naviguer entre les îles-jardins où l’on goûte au miel tout en caressant un python, avant de visiter une cuisine où l’on prépare des caramels à la noix de coco, et l’on serpente enfin entre deux marées à travers les palmiers d’eau aux fruits extraordinaires. Une escale pour déjeuner (encore un festin !) avec pour clou du spectacle cette fois-ci une énorme boule de riz gonflée dans un wok rempli d’huile bouillante. Entres tombes, pots d’euphorbes géantes et vergers luxuriants nous cheminons encore jusqu’à une dégustation de fruits connus et inconnus avant de quitter ces terres nourries par les précieux sédiments déposés par la marée.

 

Une journée encore pour les achats, nous voilà lâchés, la rue des antiquaires sera écumée à deux reprises, le marché près de l’hôtel nous charmera ou nous épouvantera selon les étals où l’on peut admirer les crabes alignés comme des militaires prêts à envahir une invisible contrée. On passe en courant devant la vision des grosses grenouilles coupées en deux encore vivantes d’un grand coup de ciseau, pour passer aux fruits, légumes et autres bacs remplis de trésors aussi bizarres que pittoresques. On regarde, on demande, on marchande, achète ou passe son chemin. Un détour pour les amateurs au surplus militaire, sombres réminiscences dans un dédale de choses plus ou moins neuves et authentiques, pour d’autres ce sera  une chasse aux étoffes anciennes devenues difficiles à trouver, puis tout le monde finira ses emplettes au marché officiel où sont regroupés tous les types d’artisanat du Vietnam : nacre, corne de buffle, laque, paniers, bijoux de jade, soies, broderies… De quoi perdre la tête et vider son porte-monnaie auquel on a reçu la consigne au préalable de rester bien accroché!

 

Un dîner encore, last but not least, bien que je ne vous les aie pas tous contés vous aurez compris que nous ne sommes de loin pas morts de faim (ni de soif !), à ce sujet mentionnons au passage l’anecdote de l’alcool de riz parfumé aux lézards, au corbeau et autres gâteries de chez le général, les initiés en riront encore longtemps !

 

Que de souvenirs à distiller, quelle formidable aventure! Un festival de rencontres, de rires, de paysages, de lumières, de saveurs, d’histoires sans fin à nous raconter au coin du feu les froides nuits d’hiver.

 

A refaire bien sûr, allez, à vous tous je lève mon verre, mon pinceau ou ma plume, pour un grand, un immense hourrah et à tous, organisateurs et compagnons de voyage, MERCI!

 

 

Diane LINGJAERDE

 

 

 

Album photos :