Giovanna Garzoni, natures mortes

Par le rendu précis et rigoureux de ses sujets, Giovanna Garzoni, fait œuvre scientifique ; mais par son intérêt pour les compositions plus décoratives, voire insolites, qu’elle met en scène, l’artiste inscrit sa manière dans une démarche créative très personnelle.


  


Cerises dans une assiette red

"Cerises dans une assiette, gousse et bourdon" - Gouache sur parchemin 24,5 x 37,5 cm



Page 81 - Florence, Galerie Palatine

 

Qu’est-ce qu’être femme et peintre au XVIIème siècle ?


 










garzoni-small red

Portrait de Giovanna Garzoni
(Source : ici)

 
      Giovanna Garzoni (1600-1670), contemporaine de la célèbre Artemisia Gentileschi, est née dans une petite ville d’Italie, Ascoli Piceno, dans la région des Marches. On ne sait pas grand-chose de sa jeunesse si ce n’est qu’elle a appris la peinture auprès d’un peintre de sa ville natale et qu’elle a très tôt été reconnue pour ses dons artistiques.

Qu’est-ce que cela signifiait d’être femme et peintre à l’époque baroque ?

Être femme, déjà… À cette époque, une femme était mineure à vie, dépendant forcément d’un père ou d’un époux. Elle ne pouvait pas signer un contrat, toucher un paiement sans la garantie d’un tuteur. Elle ne pouvait pas voyager seule.


  

 


Femme et artiste ? La notion d'artiste n’apparaît qu’au XVIème siècle. Au Moyen Âge, les artistes étaient des artisans, regroupés dans des corporations et travaillant le plus souvent anonymement.


Il n’y avait donc que deux façons pour les femmes d'accéder au statut d'artiste. Soit elles travaillaient dans le cadre d'un atelier familial, ce qui impliquait l'appartenance à une corporation, et elles se limitaient aux portraits et aux natures mortes, soit elles entraient dans les ordres et se consacraient à l'art religieux.


Jusqu'au XVIIIème siècle, les sujets religieux occupaient le degré le plus élevé dans la hiérarchie des genres artistiques. Aucun peintre de talent ne pouvait se proclamer tel sans avoir eu l'occasion de risquer sa réputation avec ce sujet. Mais pour peindre un retable il était nécessaire d'avoir une excellente connaissance de la perspective et surtout de l'anatomie : autant de notions qu'une femme, qui était dans l'impossibilité d'étudier les nus d'après nature ou de fréquenter les académies, ne pouvait acquérir.


  



La démarche de Giovanna Garzoni


 


Giovanna Garzoni, cependant, connut rapidement le succès grâce à ses portraits, à ses miniatures - et surtout à ses natures mortes. Elle fut l’une des premières femmes à choisir ce thème et l’on pense qu’elle a très bien vendu ses œuvres ce qui lui assura une indépendance certaine et lui permit de voyager.


À cette époque un très fort courant de pensée, soutenu par les Médicis depuis le XVIème siècle, favorisait la représentation scientifique de la nature. On doit à cette grande famille des expérimentations de nouvelles cultures, des collections de coquillages et de pierres rares, des illustrations et des répertoires d’animaux et de végétaux domestiques et exotiques.


Les illustrations de Giovanna Garzoni, peintes à la gouache sur du parchemin, sont particulièrement touchantes parce qu’on a l’impression que la plante vient tout juste d’être cueillie. De fait, elle aimait les avoir devant les yeux : ses sujets provenaient des jardins, des potagers, des parcs et des ménageries du grand duc de Toscane pour lequel elle a beaucoup produit. Elle les place souvent dans des assiettes ou des coupes en porcelaine chinoise. Elle les voulait les plus naturelles possible et y ajoutait parfois des feuilles séchées et des récipients ébréchés. Ces illustrations, d’une grande précision botanique, sont très souvent accompagnées d’animaux vivants (mouche ou lézard) qui ajoutent encore à l’impression de vie. Leur mise en situation est parfois incongrue : Giovanna Garzoni place souvent ses récipients sur un sol en terre… au risque de les ébrécher davantage !


 


Melon dans une assiette red


"Melon dans une assiette avec du raisin et un escargot" - Gouache sur parchemin 35,5 x 49,5 cm



Page 79 - Florence, Galerie Palatine

 


Elle voyagea beaucoup et fit notamment un séjour à Paris en 1640 mais n’aima pas la capitale et revint bien vite en Italie. En Italie, elle aura peint à Rome, Naples, Venise, Florence et Turin où elle se mit au service de Charles-Emmanuel II de Savoie.


Giovanna Garzoni mourut en 1670, après avoir légué sa succession à l’Académie des Beaux Arts de Rome, l’Academia San Luca,  à condition que son tombeau soit construit dans leur église.


 


Dominique GUILLON


  


Bibliographie


Elena Fumagalli, Silvia Meloni Trkulja, Giovanna Garzoni, Natures Mortes, Bibliothèque de l’image, 2000, 29 x 23 cm, broché, 96 pages.


 


Reproduction des illustrations avec la gracieuse et aimable autorisation de la Bibliothèque de l'Image.